Alors que la suite de “Shining”, baptisée “Docteur Sleep”, déboule dans les bacs, Stephen King était de passage à Paris pour donner une conférence de presse autour de sa dernière oeuvre. Mais aussi pour revenir avec franchise et humour sur son travail d’écrivain, immense. Un événement rare et précieux : c’est la première fois que le maître de l’épouvante venait en France. Morceaux choisis.

L’oeuvre est là, immense, émaillée de nombreux chef-d’oeuvres absolus : 50 romans, plus de 350 millions d’exemplaires vendus. Depuis près de 40 ans, Stephen King est le maître incontesté de l’horreur / épouvante. Pourtant, réduire cet auteur à ce seul genre, ce serait presque insultant. Car il excelle aussi dans des oeuvres magnifiques parfois très éloignées de ce genre de prédilection.

 

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Comme par exemple les histoires du recueil Différentes Saisons, qui contient l’histoire du Corps, adaptée au cinéma sous le titre Stand by Me, ou encore Rita Hayworth & The Shawshank Redemption, somptueusement adaptée par Frank Darabont sous le titre Les Evadés. “Une fois, j’ai croisé une vieille dame au supermarché à côté de chez moi” raconte malicieusement King; elle me dit : “je vous reconnais. Vous êtes Stephen King, l’auteur de romans d’horreur !” Je lui ai répondu que j’avais aussi écrit l’histoire de Shawshank Redemption. Elle m’a répondu : “ah non, ça ce n’est pas vous !”.

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© Albin Michel

 

A l’occasion d’une tournée européenne dans seulement trois capitales, dont Paris, pour la promotion de son dernier ouvrage Docteur Sleep, la suite de Shining, l’écrivain a donné une conférence de presse. C’est la première fois que l’auteur venait en France. C’est dire si l’événement était rare et précieux. L’occasion pour l’intéressé de revenir sur son immense travail d’écrivain, son inspiration, ce qu’il pense de la mort, comment effrayer les gens dans ses oeuvres…Tout y passe. L’homme est fascinant; on pourrait l’écouter durant des heures. Morceaux choisis de propos de maître.

 

Avec toutes les adaptations de vos œuvres qu’il y a eu au cinéma et à la TV, pensez-vous / écrivez-vous  vos histoires en pensant pour le cinéma, à la mise en scène…?

Stephen King : Ca ne me traverse jamais l’esprit lorsque j’écris des histoires. Je ne me dis jamais “ça, ça peux faire un super film ou une super série TV”. Mais je vais vous dire quelque chose. J’ai 66 ans maintenant, et j’appartiens à cette première génération qui a grandi sans avoir de TV à la maison. J’adorais aller au cinéma et regarder beaucoup de films, depuis mes 3 ans lorsque j’ai vu Bambi. Quand la TV est arrivée, j’avais en fait déjà l’habitude de me nourrir d’images avec le cinéma quand j’étais enfant. Ca été quelque chose de très important pour moi, surtout quand j’étais au lycée. J’étais davantage fasciné par la force des images que par la poésie. L’idée de montrer les choses plutôt que de les raconter.

 

Je ne sais pas si vous connaissez l’auteur William Carlos Williams, le poète et romancier qui a notamment écrit un célèbre poème intitulé “This is Just to Say” où il parle de prunes ? Il s’agit en fait d’un poème où l’auteur dit à sa moitié qu’il est désolé mais a mangé toutes les prunes qui se trouvaient dans le réfrigérateur, parce qu’elles étaient trop bonnes [NDR : les interprétations sur la forme et le sens du poème divergent] ? Et bien pour moi, c’est un peu la métaphore de ce que doit être la fiction. En d’autres termes, ce ne doit pas être une sorte de Storyboard ou un Comics.

 

Les Evadés / © Castle Rock Entertainment

Le but d’une fiction TV ou cinématographique est de vous donner une expérience visuelle. Et si vous avez une expérience visuelle, alors vous aurez aussi une expérience émotionnelle. Ca, en tant que romancier, c’est quelque chose que je trouve passionnant. Ce qui m’intéresse, c’est de vous atteindre émotionnellement en tout premier lieu. J’ai envie de vous donner la chair de poule, de faire battre votre cœur plus vite, de vous arracher des larmes. Si vous revenez sur un livre et que vous vous dites : “bon, de quoi ca parlait déjà ?”, vous devez faire travailler votre imagination. Les films ont donc eu une profonde influence sur moi et sur ma manière d’écrire, mais absolument pas au sens où j’écris des livres en me disant qu’il y aura un film à la clé. Si vous faites cela, ça n’a aucun sens et c’est de toute façon voué à l’échec.

 

Si vous pouviez avoir le pouvoir de l’un de vos personnages de romans…
Stephen King : Ah ! Je crois que j’aimerai avoir tous les pouvoirs de mes personnages de romans ! Non plus sérieusement, je ne suis pas sûr d’en vouloir ne serait-ce qu’un, comme dans Shining ou Docteur Sleep, cette capacité de lire dans l’esprit des gens. Si vous pouvez lire dans l’esprit de quelqu’un qui pense à vous, vous pourriez ne pas forcément apprécier ses pensées et entendre des choses pas franchement agréables…Je ne suis pas sûr de vouloir ça.

 

Par contre maintenant que j’y pense, Danny Torrance ou quelqu’un d’autre qui a le Shining possède une chose que j’aimerai bien avoir : la capacité de (re)trouver les choses perdues. En ce qui me concerne, je n’arrive jamais à retrouver mes clés. Des fois, je n’arrive même pas à retrouver la moutarde dans mon frigo ! Ma femme me dit d’ailleurs avec malice que les hommes souffrent de ce qu’elle appelle la « cécité du réfrigérateur ». De même, je ne suis pas sûr de vouloir un pouvoir comme celui de Carrie White. Des pouvoirs en vérité bien trop puissants pour le commun des mortels.

 


“La clé pour susciter la terreur chez le lecteur, c’est de créer de l’empathie avec le personnage principal”

On parle beaucoup du phénomène des  “journalistes – citoyens” ces derniers temps, qui écrivent et postent des vidéos sur internet…En se basant sur le principe de l’auto-édition grâce à Internet, que pensez-vous de ce phénomène qui concerne aussi la littérature ?
Stephen King : C’est un mouvement qui a de plus en plus d’importance. La série de  romans Fifty Shades of Grey par exemple, appartient à cette vague de romans auto-édités, il y a aussi des œuvres dont le New York Times parlait, des trucs que j’appelle les Mummy Porn [NDR : traduit chez nous par “porno de ménagère”…], ce qu’on voit aussi publié sur Amazon sous forme électronique…

 

Le problème avec ce genre de procédé, c’est qu’il n’y a aucun garde-fou. Il n’y a personne pour vous arrêter et vous dire : “mieux vaut ne pas le publier, c’est rempli de clichés, le style n’est pas bon, ta grammaire est affreuse, etc”. Non, on emballe le tout et hop ! En avant ! Le malheur, c’est qu’il n’y a rien que l’on puisse faire, à part faire des lectures publiques, et encore. Apparemment, tout le monde n’est pas intéressé par la qualité…Je parlais de Fifty Shade : ce n’est vraiment pas un bon roman. Mais en même temps, il se vend très bien ; et l’édition, c’est aussi du business…C’est difficile parce que je n’ai pas de réponse précise sur le sujet.

 

La fiction (cinéma, séries TV, jeux vidéo…) influence-t-elle la réalité…ou l’inverse ?
Stephen King :  C’est un peu l’histoire de la poule et de l’œuf : en fait, qu’est-ce qui vient en premier ? Je pense que pour certaines personnes qui s’apprêtent à commettre un acte violent, les poseurs de bombes, etc…puisent une partie concrète de leurs inspirations dans des films violents, des programmes TV violents, qui ont notamment envahis les chaînes TV aux Etats-Unis depuis pas mal d’années maintenant. Même dans les livres en fait. Et quand bien même ces personnes n’auraient pas spécifiquement en tête un livre ou un film, elles trouveraient de toute façon un moyen différent pour créer leurs horreurs et les justifier.

 

Shining, la jeunesse de Danny Torrance, que l’on retrouve dans Dr. Sleep / (c) Warner.

C’est quelque chose que j’ai en tête en fait, car j’en parle dans mon prochain livre à paraître l’année prochaine, intitulé Mr. Mercedes, qui évoque le destin d’un personnage planifiant une attaque similaire à celle qui s’est passée lors du dernier marathon de Boston. J’ai terminé l’écriture du livre à peu près au même moment où l’attentat a eu lieu. En fait, quand vous me demandez en un sens si l’art influence la réalité et vice-versa, je pense que les deux sont vrais.

 

Terroriser le lecteur : mode d’emploi…
Stephen King : Je pense que la clé pour provoquer la terreur [chez les lecteurs], c’est de créer des personnages auxquels vous vous attachez profondément. Si vous vous attachez aux personnages, vous vous mettrez peut être à prier pour eux lorsqu’ils seront en danger. Ca c’est quelque chose de fort dans la nature humaine : la capacité d’empathie pour quelqu’un, même un personnage de fiction ; cette capacité de se mettre à la place de quelqu’un d’autre. De sentir et ressentir pour eux. Ca me fait d’ailleurs penser qu’il faudrait que mon éditeur français, Albin Michel, me donne le DVD de cette série française appelée Les Revenants. Vous connaissez ? C’est une série formidable, avec un remarquable traitement du fantastique. Il n’y a pas d’effets gore ou autre ; ca parle évidemment de l’au-delà, mais aussi du deuil des vivants, des rapports humains…

 

Les Revenants – © Jean-Claude Lother / Haut et Court / Canal+

A propos de la mort…
Stephen King : En fait, je me sens davantage concerné par la question de la mort maintenant qu’auparavant ; sans doute aussi parce que j’ai 66 ans. Du coup, c’est un sujet nettement moins académique pour moi qu’il ne l’a été plusieurs années auparavant. L’autre jour, je parlais avec ma femme d’une chanson du duo Simon & Garfunkel de l’album Bookends, qui tourne autour de la vieillesse, et évoque notamment les angoisses d’un septuagénaire. Maintenant, Paul Simons a 72 ans (sourire) ! En fait, c’est le côté universel de la mort qui m’intéresse, au sens où tout le monde doit et devra passer par-là un jour. Tout comme la naissance. On a tous vu des naissances, parfois été témoins d’expériences tragiques et douloureuses. Mais personne n’est jamais revenu d’entre les morts pour parler de son expérience post-mortem. Il y a une part de mystère derrière ça. Et ça justement, c’est quelque chose qui m’intéresse aussi.

 

Maximum Overdrive / De Laurentiis Entertainment Group (DEG)

A propos de son expérience de réalisateur…et réaliser un nouveau film ?
Stephen King : Maximum Overdrive a été une expérience catastrophique, mais j’aimerai  vraiment réaliser un autre film ! Cela dit, concernant ce film, il faut que vous gardiez à l’esprit que je travaillais avec une équipe technique italienne ; du coup on ne se comprenait pas (rires dans la salle). J’étais bourré la plupart du temps ! Plus sérieusement, je n’avais aucune expérience en réalisation. En ce sens, ce film a été comme un Tutoriel. Mais je pense que je ferai un travail bien meilleur maintenant. Qui sait ? Pourquoi pas en tout cas, c’est une idée qui me tente bien !

 

 

Stephen King à propos de “Shining” et du défi de “Dr. Sleep”

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